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Marc-Alexandre Masnin, Directeur des investissements - Business Magazine
Marc-Alexandre Masnin, Directeur des investissements

Marc-Alexandre Masnin, Directeur des investissements - Business Magazine

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March 24, 2021
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Étant donné que les bonnes nouvelles sont déjà reflétées dans les cours du pétrole, peut-il encore atteindre les USD 100 comme le prédisent certains analystes? Dans un entretien exclusif accordé à Business Magazine, Marc-Alexandre Masnin, notre Directeur des investissements, nous décortique la dynamique de ce marché dicté par la spécificité de l’offre et de la demande.

 

 

Au plus fort de la crise l'année dernière, le cours du baril de pétrole était tombé en zone négative. Aujourd'hui, il oscille au-dessus de 60 dollars. Le prix actuel reflète-t-il la confiance dans une reprise plus rapide de l'économie ?

 

 Lorsque l’on fait référence au marché pétrolier, on se rapporte à plusieurs prix. Il peut s’agir des prix du pétrole de Dubaï, d’Oman ou encore de Chine (coté en Yuan) mais il y a deux principales références, le WTI américain et le Brent Européen. Ces deux références évoluent habituellement de pair, mais il y a eu en effet un court laps de temps durant lequel le prix du WTI s’est détaché du Brent pour se traiter en territoire négatif alors que le Brent s’est maintenu au tour de 20 USD. Le pétrole américain a été techniquement négatif mais pour la seule livraison du mois de mai. Ensuite, les prix ont repris une tendance haussière au fur et à mesure que l’économie rouvrait ou sortait peu à peu des confinements stricts.

 

Le pétrole reste un indicateur avancé de la croissance économique mondiale du fait de son rôle d’énergie principale. Mais il faut aussi comprendre la spécificité de l’offre et de la demande qui dicte ce marché. Aujourd’hui, le prix du pétrole est artificiellement élevé car l’OPEP et quelques pays producteurs se sont accordés pour limiter la production de pétrole (l’OPEP+). D’un côté, la reprise économique notamment aux USA et en Chine sera forte à l’image de la révision à la hausse des prévisions de l’OCDE pour 2021 à 5.6% au niveau mondial. Selon cette anticipation, nous retrouvons les niveaux de richesses mondiales de l’avant COVID dès le second trimestre de cette année. D’un autre côté, cette accélération de la croissance va également pousser les pays de l’OPEP à relaxer les quotas de production. D’ailleurs la production mondiale de pétrole a été inférieure à la consommation au cours des 3 derniers trimestres mais cependant elle devrait repasser en zone positive au 3’ trimestre 2021. Donc oui, le prix du pétrole reflète un certain optimisme sur la croissance mondiale mais les quotas de production ont également influencé ce marché, impliquant une stabilisation des prix avant de probablement repartir une fois que les transports aériens vont réellement redécoller. Le secteur aéronautique représente à lui seule près de 8% de la consommation finale de pétrole. Ce retour à la normale du secteur est cependant prévu au mieux en 2024.

 

 

La campagne de la vaccination dans le monde a-t-elle contribué au raffermissement des cours pétroliers?

 

Très clairement et d’ailleurs on a pu le constater la semaine dernière avec la chute en une journée du pétrole de 7% en raison des mesures de reconfinements et de la lenteur de la campagne de vaccination en Europe. Une nouvelle vague d'infections de la Covid-19 à travers l'Europe a provoqué de nouveaux verrouillages et atténué les attentes de toute reprise imminente de la demande de carburant. En sus de ça, les programmes de vaccination ont été ralentis par des problèmes de distribution et des préoccupations concernant les effets secondaires potentiels. La Grande-Bretagne a également annoncé qu'elle devrait ralentir le déploiement de son vaccin COVID-19 le mois prochain en raison d'un retard d'approvisionnement. Cependant la consommation de pétrole, au niveau pré-pandémique n’interviendra pas avant 2023. Pour l’anecdote, la consommation de pétrole n’a baissé, en moyenne, que de 10% sur l’année 2020.

 

 

Comment devraient évoluer les cours pétroliers, notamment celui du Brent lors des mois à venir ?

 

Si certains analystes voient le pétrole à 100 USD, il semble que le gros des bonnes nouvelles liées à la croissance, les réouvertures des économies, etc. sont déjà dans les cours. Et au prix de 60 USD, le pétrole de schiste devient rentable et cela devra accroitre l’offre américaine de même que les productions des pays membres de l’OPEP+ pour progressivement revenir vers leur niveau de production d’avant crise. Ce cartel est encore en sous production d’environ 8 millions de baril par jour pour une consommation moyenne en 2021 attendu en hausse à 97 millions de baril par jour, soit une hausse moyenne de 5 millions de baril par jour. Le déséquilibre de l’offre est donc toujours présent. Les membres de l’OPEP+ se réunissent le 1 avril pour décider de la révision des quotas de production pour mai.

 

À plus long terme, les mesures prises par les gouvernements dans le cadre énergétique militent aussi en faveur de l’utilisation d’énergies alternatives. Lors de sa vision à 10 ans, le directeur général du groupe pétrolier Total annonce que le pétrole et le gaz ne représenteront plus que 40% du mix énergétique du groupe contre 60% aujourd’hui au profit des énergies renouvelables. Cette transition et recomposition du bouquet énergétique est susceptible de mettre davantage de pression sur les prix du pétrole.  

 

Il va sans dire que la hausse des cours pétroliers aura un impact sur notre facture pétrolière lors des mois à venir. Quel en sera l'effet direct sur notre balance des paiements ?

 

La balance commerciale risque encore de se dégrader avec la hausse des prix du pétrole qui va peser sur la facture à l’importation face à des exportations en baisse de 22% à janvier 2021. Rien que sur le mois de janvier 2021, cela pourrait entrainer un déficit de 206 millions USD. Maurice subit la double peine avec la dépréciation de la roupie qui aura peu de chance de s’apprécier tant que les frontières ne sont pas réouvertes pour relancer la dynamique des devises étrangères. Le pétrole comptait pour 20% des importations totales de janvier 2021 et va donc peser sur la balance commerciale qui pour compenser doit voir une balance des capitaux et financier positive. C’est-à-dire plus d’investissements de l’étranger en faveur de Maurice que l’inverse. Il faut donc que Maurice soit plus attractive pour attirer les capitaux étrangers et ce n’est pas la courbe des taux actuelles qui va aider, ni la blacklist.

 

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